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27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 04:28

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C’était par une de ces belles soirées de printemps où toute la nature, se réveillant de son sommeil, est harmonieuse comme si chaque chose de la création, de cette voix que Dieu a donnée aux éléments comme aux hommes, chantait son hymne au Seigneur : le vent avait des mélodies étranges ; le soir des parfums inconnus ; le fleuve réfléchissait le ciel comme un miroir, et les étoiles filantes, traversant l’azur, semblaient, au milieu du calme universel, pleuvoir silencieusement sur la terre.

Le vieux Blum jeta les filets ; mais Walter, au lieu de s’occuper de la pêche, regardait le ciel, de sorte que la barque en dérive suivait le courant de l’eau. Tout à coup une mélodie bien connue parvint jusqu’aux oreilles du jeune comte ; il baissa les yeux, et, de sa place accoutumée, il vit, sa harpe à la main, la fée Lore assise sur son rocher.

C’était la troisième fois qu’elle lui apparaissait ainsi, et cette fois, comme il l’était venu chercher, il ne songea point à s’éloigner d’elle ; mais au contraire, il prit les avirons et se mit à ramer de son côté. À ce mouvement inattendu et qui dérangeait ses filets, Blum leva les yeux et vit que la barque se dirigeait droit vers le gouffre.

Alors il voulut arracher les rames des mains de Walter ; mais il était trop tard, et quoiqu’il les lui eût cédées sans résistance, le courant était si rapide, que, malgré tous les efforts du vieil écuyer, il emportait la barque vers l’abîme. Déjà on entendait les mugissements du gouffre qui appelait sa proie, Blum lâcha les avirons et se tourna vers Walter, espérant qu’en se jetant à l’eau avec lui ils pourraient encore tous deux gagner le rivage ; mais Walter avait les bras tendus vers l’apparition magique qui, de son côté, semblait glisser aux flancs de la montagne et se rapprocher de lui. Blum le conjura de ne point se jeter ainsi au-devant de sa perte ; mais Walter était sourd et immobile. Le vieil écuyer voulut le prendre à bras-le-corps et se précipiter avec lui dans le fleuve, mais Walter le repoussa. Alors, le fidèle serviteur, voyant qu’il ne pouvait le sauver, résolut de mourir avec lui, et comme Walter ne songeait point à prier, il se mit à genoux au fond de la barque, et pria pour eux deux.

Et la barque s’avançait toujours vers le gouffre, et les mugissements de l’abîme devenaient de plus en plus forts ; on voyait dans la nuit sortir du fleuve la tête noire des rochers, contre lesquels se brisait l’écume, et chacun d’eux semblait au pauvre Blum un monstre informe monté à la surface de l’eau pour le dévorer.

De son côté, la fée Lore, enveloppée de cette douce lumière qu’elle semblait répandre, comme une statue d’albâtre au milieu de laquelle brûlerait une flamme, s’approchait avec son doux sourire, et tendant les bras vers le jeune homme, comme le jeune homme les tendait vers elle : déjà elle était descendue du rocher, et légère comme une vapeur, semblait glisser sur l’eau ; enfin Blum sentit la barque trembler et frémir, comme un être animé qui s’approche de sa destruction. Il leva les yeux, il vit qu’ils étaient au milieu des rochers, à quelques pas du gouffre. Walter et la fée Lore allaient se rejoindre ; tout à coup il sentit que la barque, attirée comme par la main d’un géant, s’abîmait dans les profondeurs du fleuve ; il n’eut que le temps de faire le signe de la croix et de recommander son âme à Dieu ; car sa tête ayant porté contre un rocher, il sentit qu’il s’évanouissait, et crut qu’il allait mourir. Lorsqu’il revint à lui, il faisait grand jour, et il était couché sur le sable au pied du rocher.

Le pauvre écuyer chercha et appela Walter ; l’écho moqueur du Lei lui répondit seul ; alors il résolut de reprendre la route du château ; mais aux trois quarts du chemin, il rencontra le comte lui-même qui, inquiet de l’absence de son fils, s’était mis à sa recherche. Blum se jeta à ses pieds et se voila la tête avec son manteau en signe de deuil.

Enfin, il lui fallut s’expliquer, et il raconta tout au comte, comment deux fois son jeune maître avait échappé à la fée Lore ; mais comment, à la troisième fois, il l’était venu chercher lui-même. Le comte resta un instant immobile et comme écrasé par la douleur ; mais pas une larme ne tomba de ses yeux, pas un soupir ne sortit de sa bouche. Enfin, après un instant de silence :

– Celui, s’écria-t-il, qui me livrera cette infernale fée, recevra une récompense royale.

– Oh ! s’il en est ainsi, monseigneur, s’écria Blum, permettez que ce soit moi qui tente l’entreprise ; car, par l’âme de mon jeune maître ! j’y réussirai ou j’y perdrai la vie.

Le comte fit signe de la tête qu’il accueillait la demande du vieil écuyer, et reprit le chemin du château, où il s’enferma en rentrant ; et personne ne le vit plus de la journée, aucun serviteur ne fut appelé auprès de lui ; seulement, à travers la porte de l’oratoire, on l’entendait pleurer à sanglots.

Le soir venu, Blum choisit parmi les hommes d’armes du comte ceux sur lesquels il croyait pouvoir compter pour monter avec lui sur le rocher, tandis qu’il ferait envelopper sa base par les moins braves, afin que si la fée Lore cherchait à s’échapper, elle fût prise entre eux et le fleuve. Puis, ces dispositions arrêtées, il monta hardiment au sommet.

La nuit était sombre et pareille à cette autre nuit où Walter avait fait la même ascension : Blum arriva à ce premier sommet où s’était arrêté le jeune comte ; puis, ayant de nouveau encouragé les soldats, il gravit la dernière cime. Arrivé au sommet de celle-ci, il aperçut la fée Lore, assise sur son rocher et les yeux tendrement fixés sur le fleuve.

À cette vue, si peu faite qu’elle fût pour effrayer, les hommes d’armes, saisis de terreur, refusèrent d’aller plus loin ; mais le vieil écuyer, au lieu de partager leur épouvante, sentit redoubler sa colère contre l’enchanteresse qui lui avait enlevé son jeune maître ; et voyant que quelque instance qu’il fît aux soldats pour l’aider à prendre la fée, ils n’osaient faire un pas de plus, il s’avança seul vers elle en criant :

– Ô magicienne maudite ! tu vas enfin payer tout le mal que tu as fait.

À cette voix et à cette menace, la fée leva doucement la tête, et le regardant avec son doux sourire :

– Que veux-tu, vieillard, lui dit-elle, et qu’espères-tu me faire, à moi qui ne suis qu’une ombre ?

– Ce que je veux, répondit Blum, je veux que tu me rendes le cadavre de mon jeune maître que tu as précipité au fond du Rhin. Ce que j’espère, j’espère venger sur toi sa mort et celle de tant d’autres qui ont péri avant lui dans le gouffre où il a disparu.

– Le jeune comte n’appartient plus à la terre, murmura la fée de sa voix mélodieuse ; le jeune comte est mon époux. Il est le roi du fleuve comme j’en suis la reine ; il a une couronne de corail ; il a un lit de sable mêlé de perles ; il a un beau palais d’azur avec des piliers de cristal ; il est plus heureux qu’il n’aurait jamais été sur la terre ; il est plus riche que s’il eût hérité de l’héritage paternel, car il a toutes les richesses que le Rhin a englouties depuis le jour de la création jusqu’à ce jour. Retourne donc vers son père, et dis-lui de ne pas pleurer !

– Tu mens, méchante fée, répondit Blum, et tu voudrais échapper à ma vengeance ; mais tu ne me tromperas pas ainsi ; tu es en mon pouvoir, et ton heure est arrivée, à moins que je ne voie mon jeune maître lui-même, et que lui-même ne me confirme, soit de la voix, soit du geste, ce que tu m’as dit. Ainsi donc, apprête-toi à me suivre.

Et il tira son épée et fit un pas pour s’approcher de la fée ; mais d’une voix puissante, et en étendant le bras vers lui :

– Attends ! dit l’enchanteresse.

Et elle détacha son collier de son cou, et en prit deux perles qu’elle jeta dans le fleuve. Au même instant le fleuve bouillonna, et deux vagues énormes, ayant cette forme indécise et fantastique que l’on prête aux chevaux marins, montèrent le long des rochers jusqu’au sommet de la montagne, et sur l’une de ces deux vagues était un bel adolescent au visage pâle et aux longs cheveux pendants que le vieux Blum crut reconnaître pour le jeune comte, si bien qu’il resta immobile de stupeur.

Pendant ce temps, les deux vagues montaient toujours jusqu’à ce qu’elles vinssent mouiller les pieds nus de la fée ; alors la belle Lore s’assit sur celle qui était vide, et, enlaçant ses bras à ceux du jeune homme, elle lui donna un baiser. Puis les vagues commencèrent à redescendre, et, voyant que la fée lui échappait, Blum voulut la poursuivre. Alors le jeune homme le regarda en souriant.

– Blum, lui dit-il, va dire à mon père qu’il ne pleure pas, et que je suis heureux.

À ces mots, il rendit à son épouse le baiser qu’elle lui avait donné, et tous les deux disparurent dans le fleuve.

Depuis ce jour, nul ne revit la Lore-Lei, et les bateliers n’eurent plus à craindre son chant de sirène. Tout ce qui reste d’elle est un écho moqueur qui répète quatre ou cinq fois le son du cor, ou la Tyrolienne nationale que le pilote ne manque pas de chanter en passant devant le rocher de la Lore-Lei.

 

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Published by Camille - dans Contes pour tous
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commentaires

Ghis06 05/03/2013 14:10


lasse ...............ah oui je comprends pas facile de se rappeler de ce qu'on dit a qui et quoi ...................

Camille 11/06/2013 17:06



fiche le camps tu polue!



AUDOLY-NOURIAN 01/03/2013 13:33


il est de toi ce joli poeme? si oui bravo bisous MA

Camille 02/03/2013 13:13



merci à toi du es une véritable amie. depuis 2 jours je vis au lit car si je bouge Alain se léve et il est tellement mal que je reviens avec mon ordinateur! en une semaine il a pris 10
ans, j'ai le coeur qui se serre, ilne me reste plus que lui et à 80 ans et je voudrai qu'il vive encore très longtemps tu comprend, j'arrête car j'inonde mon ordinateur


bises



Françoise 28/02/2013 18:17


Me voilà ici et j'y suis bien pour un  un moment je suis  cette enfant qui aimait s'assoir par terre et adorait entendre des histoires celle ci féérique m'a beaucoup plu alors je vais
revenir bien vite découvrir quelques petits trésors merci

Camille 02/03/2013 13:08



Merci à toi! tu sais il y a d'autres contes, tu cliques sur contes et là l'enfant sera


peut être contente


bisous et encore merci à bien tôt



flipperine 27/02/2013 11:47


encore un joli conte

Camille 27/02/2013 12:40



un rêve qui est devenu un poéme!



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