Samedi 16 janvier 2010 6 16 /01 /Jan /2010 18:08
 

 

 

 

La lave déferle vers lui à grande vitesse.
 Il ne la sent pas encore,

mais il adopte déjà une attitude de défense !

 

Elle se divise en deux parties bien distinctes.

L’une vers la gauche, l’autre vers la droite.

Remontant la pente allègrement, elle brûle, casse, déchiquette tout sur son passage.

D’un côté comme de l’autre, cela tire de toutes parts.

Il ne sait plus comment il en est arrivé là,
mais il est incapable de se défendre et surtout de crier,

tant son souffle est coupé par la douleur et la surprise !

N’est il pas prémuni contre ce genre de choses ?

N’a t' il pas, depuis quelques jours enfin, l’arme idéale contre ce genre d’agression ?

Elle s’en moque, elle rit, elle rit !
Plus elle remonte, plus elle prend toute la place.

Pas une parcelle ne lui échappe !

Arrivées à une intersection, les deux parties se regardent,

en éclatant d’un rire sardonique,
et unissent leurs efforts maléfiques

pour envahir le vallon où, là alors,
elle s’étale avec volupté jusqu'à escalader les parois.

Parois franchies, elle remonte des deux côtés,
paroi dos et paroi devant, ettout y a droit.

Il lui lance deux des armes censées,
pourtant, pouvoir parer ses attaques

Mais elle rit, elle rit ! A s’en faire péter la sous-ventrière,
 c'est le cas de le dire !

Là, il croit que sa dernière heure est venue.
Il ne peut pas et ne veut pas crier !

On ne doit pas savoir qu’il est là à 2 h du matin.
Il regarde l’heure :

Cela fait déjà plus de 90 mn qu’elle s’amuse avec lui.

Tantôt elle le brûle, tantôt elle le broie, tantôt elle le tord.

Il n’entend rien. Pas un bruit autour de lui.
Que ces petits cris : hum, hum, hum.

C’est tout ce qu’il peut faire et c’est comme cela
qu’il s’aperçoit que c’est lui qui les pousse.

Rémission. Ouf, enfin ! Diminution des brûlures, des torsions,

Des… enfin de tout ce quelle sait faire
pour lui montrer qui est le maître ou la maîtresse !

Puis cela reprend de plus belle. Pourtant cela monte.

Mais elle a une telle force que l’escalade ne lui fait pas peur.

Elle avance avec aisance, comme un mannequin
sur un podium, monté sur ses escarpins !

 

De nouveau elle se sépare en deux, redescend
tranquillement, prenant son temps,

Fouillant les moindres petits recoins, malgré la deuxième contre-attaque qu’il a lancée contre elle.

Il ne sait plus depuis quand il a perdu le sens des réalités

Il ne sait plus depuis combien de temps
elle est maîtresse de la situation.

Il sait que personne ne viendra l’aider à s’en sortir.

On le lui a déjà dit : Personne,
 personne ne viendra à ton secours, personne!
 

Et rien ne saura te délivrer d'elle.
Elle fait ce qu'elle veut de toi, quand elle veut.
 Et tu ne peux rien.

Ha ! Ha ! Ha ! Comme elle se régale, la garce, dans cette descente.

Car elle sait que le meilleur moment va arriver pour elle.

Par petits bouts, elle se divise et recommence !

Entrant dans les petits endroits, en haut, en bas, par les côtés, elle reprend de la vigueur

. Allez ! Allez ! Fouillez ! Brûlez tout ! Cassez tout ! Il ne doit rien rester là où nous sommes passées !

Il en est arrivé à ne plus pouvoir pousser ces petits :

Hum ! Hum ! Il est désarmé comme toujours
 devant cette bestiole et ses saloperies
 

Ce serpent venimeux.
Pis : ce dragon qui, quand il le veut,
fait de lui un pantin désarticulé !

Sa tête va exploser. Il faut faire quelque chose,
pour essayer de ne pas la laisser totalement gagner.

Occuper le haut ! L’empêcher de passer.

Malgré toute l’attention qu’il porte à ce qu’il fait,

Elle arrive à s’infiltrer et tout est envahi.

Du bas jusqu’en haut tout est détruit, brûlé, carbonisé,

Comme quand un anaconda constricteur prend une proie
entre ses anneaux et la broie.

Sauf que là c’est le silence, juste le silence,
un silence d'effroie.
Il dodeline, se balance d'avant en arrière, de gauche à droite.

Il s’aperçoit que le haut est mouillé et qu’il ne peut rien faire pour essuyer cette eau qui coule des ouvertures.

Il sent qu'également le haut brûle très fort. Il se regarde dans le miroir : il s'est griffé au sang.

Et consciencieusement il continue à se griffer. Mécaniquement, il repasse aux mêmes endroits.

Une porte s’ouvre. Un être de joie apparaît, tout endormi. Il est 6 heures du matin.

La bête a envahi la boule du haut et c’est pour cela qu’il se griffe.

L'être de joie lui prend les deux mains pour qu’il arrête ce geste mécanique.

Et là un déclenchement se fait en lui :
il hurle, crie, se tape la tête contre le bureau,

Se débat, insulte cet être de bonté qui le maintient,
lui parle doucement avec des gestes tendres

Lui explique que maintenant qu’il est là cela va changer.
Mais non ! Rien ne change.

Enfin ! L’autre ne comprend pas ? Pas encore ?

Depuis tant d’années que la déferlante gagne toujours,
 et ne s’arrête que quand elle le veut !

Pars ! Retourne te coucher ! Laisse moi ! Je veux partir rejoindre le pays des bienheureux.

S’ils n’en reviennent pas c’est qu’ils s'y trouvent bien.
 Alors va te recoucher,

Laisse moi faire ce que je dois faire
pour que cela s’arrête, que ça s’arrête enfin !

 

Mais, ou la déferlante en a assez de jouer avec lui,

Ou l’être de joie a été le plus fort, enfin le calme revient.

Presque le calme. Par endroits elle laisse des petits morceaux d’elle.

Des gâchettes, c’est comme cela qu’elle les appelle : ses gâchettes !...

Histoire de lui rappeler qu’elle reviendra…. quand elle voudra !

 

Au fait je ne vous ai pas présentés !

Lui : C'est mon corps.

L’être de joie et de tendresse : C'est mon mari.

La lave déferlante, le dragon de feu, le broyeur,

Cette bête immonde et intraitable avec laquelle on ne peut négocier, c'est :

FIBROMYALGIE

Texte écrit en Février 2006, il a été lu en congrès par un médecinatteint  decette cocho 
                                      
 
                                                      

 Camille

 

Par Camille - Publié dans : Poèmes fragilité
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