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4 mars 2012 7 04 /03 /mars /2012 12:52


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Moi, Mamadou, griot du village, je vais vous

raconter l’histoire du grand baobab de Diobogolo.

Comment il a failli disparaître. Comment il a été

sauvé.

J’ai les cheveux blancs maintenant et ma peau

est ridée comme celle de l’éléphant, mais à cette

époque j’étais un petit garçon. Nous vivions dans

des cases d’argile recouvertes de palmes. Les femmes pilaient le

mil, leurs bébés sur le dos. Les hommes chassaient, pêchaient et

s’occupaient des troupeaux de chèvres et de moutons. Les

enfants couraient partout, nus et libres. Aux plus grands, on

confiait la garde des troupeaux. Je faisais partie de ceux-là.

Lorsqu’une dispute éclatait, qu’un problème inquiétait le village, le

chef Moussa réunissait tous les anciens sous le grand baobab.

Après de longues palabres, la sagesse finissait toujours par

l’emporter sur la folie.

Il faut dire que le baobab est un arbre sacré. Avez-vous remarqué

qu’il ne ressemble à aucun autre ? Son tronc est énorme et ses

branches sont presque nues. Savez-vous pourquoi ? C’est qu’il y a

très longtemps, le baobab était un arbre comme les autres. Mais

beaucoup plus grand. Si grand qu’il décida de monter jusqu’au

 

ciel pour défier le Bon Dieu. Mais la colère s’empara du Tout-

Puissant.

- Ah, ça ! cria-t-Il. Quel est cet arbre qui veut grimper jusqu’à

Moi ? Je vais lui montrer qu’on ne Me défie pas comme ça.

Et , dans un grand roulement de tonnerre,

Dieu attrapa le baobab par les branches,

creusa un grand trou d’un coup de foudre

et le replanta racines en l’air. Depuis ce

temps, le baobab a un gros tronc et des

petites branches, mais il est respecté plus

que tout autre car il a côtoyé le Bon Dieu.

Donc, le village de Diobogolo vivait sa vie tranquille, à proximité

de son grand Baobab. C’était le temps où les hommes blancs

dirigeaient le pays. Et ce qui plaisait aux hommes blancs à cette

époque, c’étaient les trains. Ils avaient décidé de construire une

ligne de chemin de fer pour relier les deux plus grandes villes de

la région. L’Ingénieur-en-chef, un homme maigre tout habillé de

blanc, avait pris une grande carte, une grande règle, un grand

crayon et il avait tracé une ligne toute droite entre les deux villes.

 

- Voici le tracé du futur chemin de fer du pays, annonça-t-il fier de

lui. Que tous les hommes de la région soient embauchés pour

poser les rails !

Les hommes les plus forts du village furent emmenés sur le

chantier pour commencer le travail. Même Abdoul-le-savant, celui

qui avait fait des études à la capitale, dut participer aux travaux.

Et la construction de la ligne commença.

Depuis le grand tamarinier où je m’installais pour surveiller mon

troupeau, j’observais la plaine. Un beau jour, je vis un panache de

fumée à l’horizon. Le chantier du chemin de fer approchait de

notre village. Deux hommes blancs à cheval galopèrent jusqu’au

baobab. Le plus maigre des deux mit pied à terre le premier,

retira son casque blanc et s’épongea le front. Un gros homme aux

cheveux rouges descendit également de sa monture. Ils

s’installèrent tous deux à l’ombre du grand arbre. Je m’étais

approché doucement et me dissimulais derrière le gros tronc.

- Si tout va bien, dans huit jours on sera arrivé à ce baobab, disait

le gros homme aux cheveux rouges.

- Vous avez bien travaillé, Vincent, à ce rythme nous aurons fini à

temps pour l’inauguration. Mais il va falloir abattre cet arbre. Ça

va nous retarder car c’est du solide !

 

- Dommage, vous ne trouvez pas, monsieur l’Ingénieur-en-chef ?

On ne pourrait pas dévier légèrement la ligne ? L’ombre est rare

par ici. La population ne sera pas contente.

- Dévier la ligne ! Vous n’y pensez pas ! Les trains doivent rouler à

grande vitesse. J’ai tracé une ligne droite, je veux que ce soit

ABSOLUMENT respecté. Vous entendez, Vincent ?

- Oui, monsieur l’Ingénieur-en-chef

Je n’en entendis pas plus car je courais déjà à la vitesse de la

gazelle pour prévenir le chef Moussa du danger qui menaçait

notre grand baobab.

Le soir même, les anciens du village se réunirent sous l’arbre.

Moussa était allé chercher le sorcier Oké-Djembé pour lui demander conseil.

Les délibérations durèrent toute la nuit. Au matin, les anciens regagnèrent

leur case soulagés :Oké-Djembé prenait les choses en main.Il faut vous dire qu’Oké-Djembé sait parler aux esprits de la nuit, ceux qui jettent les sorts et les maléfices. Il s’en alla dans sa case, un peu à l’écart du village. Là, il confectionna deux statuettes en bois,L’une très fine et couverte d’argile blanche, l’autre ronde surmontée d’une touffe d’herbes rousses en

guise de coiffure. Il planta un clou dans la tête de la première, un autre dans le pied de la seconde.

 

Quand tout fut terminé, il alla voir Moussa et lui dit :

- Les esprits sont au travail maintenant. Laissons passer la nuit et

faisons-leur confiance.

Tout le village respira et chacun reprit ses occupations.

Le lendemain, le chef Moussa fut dérangé par de grands cris

devant sa case.

Le gros blanc aux cheveux rouges était là,

tout essoufflé sur son cheval, accompagné d’

Abdoul-le-savant qui montait un petit cheval

arabe.

- L’ingénieur en chef a eu un accident dans

la brousse. Il est parti tôt ce matin et son

cheval est revenu seul. Nous avons besoin

de tous les hommes disponibles pour le

rechercher.

Abdoul me prit avec lui sur son cheval tandis que les autres

suivaient à pied. Nous commençâmes une battue, on se serait cru

à la chasse à l’éléphant. Ce ne fut qu’au soir que nous aperçûmes

l’Ingénieur-en-chef étendu au pied d’un grand arbre, sans

connaissance. Il respirait, mais son corps était brûlant et il

tremblait de tous ses membres. L’homme roux s’approcha du

malade. A cet instant une douleur violente lui arracha un cri. Il

ôta sa chaussure : un scorpion avait pénétré entre le cuir et la

peau et l’avait piqué. Il se tordait de douleur.

 

Moussa aida Abdoul à hisser les deux hommes sur les chevaux et

nous nous dirigeâmes vers le chantier du chemin de fer.

Alors qu’on embarquait l’Ingénieur-en-chef et son adjoint sur la

locomotive qui les ramènerait rapidement à la capitale, j’entendis

l’homme roux dire à Abdoul :

- Mon brave Abdoul, tu sais que le chantier

doit être fini avant le quatorze juillet, pour

l’inauguration. Tu dois continuer le travail.

Prends ma place, je sais que tu en es

capable.

- Merci, monsieur Vincent, répondit Abdoul.

Vous pouvez compter sur moi. Quand vous

reviendrez, nous aurons largement dépassé

Diobogolo.

Nous sommes rentrés au village le coeur soulagé. Nous savions

qu’avec Abdoul le grand Baobab serait sauvé.

En effet, sous la conduite de notre savant,les travaux du chemin de fer

continuèrent.La grosse locomotive avançait en jetant des jets de vapeur

dans un bruit infernal. Elle poussait un wagon chargé de pierres, de

traverses de bois et de rails en acier.

Les hommes étendaient les cailloux sur la voie tracée par Abdoul, les traverses étaient alignées et les rails vissés dessus. Les rails étaient très

lourds. Il fallait une dizaine d’hommes pour en soulever un et le

placer.

 

Mais les ouvriers travaillaient avec courage car ils voyaient peu à

peu la voie se détourner du baobab.

On fit d’abord un léger coude vers l’ouest, puis, quand le village

de Diobogolo et son arbre sacré furent dépassés, la voie s’inclina

vers l’est pour retrouver sa direction première.

Tout le village encourageait les travailleurs. Les femmes en

boubous leur apportaient des ignames et du riz blanc. Le jour où

la ligne dépassa le village, Moussa ordonna de tuer trois moutons

qu’on fit rôtir pour les partager avec les ouvriers du chantier.

On ne revit l’Ingénieur-en-Chef et son

adjoint que beaucoup plus tard. Ils

avaient été soignés dans la capitale et

envoyés quelque temps en France pour

reprendre des forces. Maintenant la

ligne était finie. Les deux hommes en

faisaient l’inspection avant

l’inauguration. Quand ils approchèrent de

Diobogolo on les vit marquer un arrêt, puis

partir au grand galop jusqu’à notre village.

L’ingénieur en chef d’habitude si pâle était aussi rouge qu’une

grenade ouverte.

- Abdoul est-il ici ? criait l’homme blanc.

 

Moussa sortit de sa case.

- Non monsieur, Abdoul n’est pas revenu depuis le jour où la ligne

a dépassé le village.

- Parlons-en, de cette ligne. J’avais dit d’aller TOUT DROIT. Cet

Abdoul, un incapable, il ne sait pas ce qu’est une ligne droite !

Il remonta sur son cheval, suivi de l’homme roux qui semblait se

retenir de sourire.

Le jour de l’inauguration arriva. Le gouverneur et sa femme

étaient les invités de ce premier voyage. Abdoul me fit engager

pour les servir durant la journée. C’est ainsi que je peux vous

raconter la fin de cette histoire.

Quand le train arriva à hauteur de Diobogolo, il ralentit un peu en

raison de la courbure de la voie. La femme du gouverneur se

tourna vers son mari et s’exclama :

- Ah ! Voyez ce magnifique baobab, mon très cher ! Quelle bonne

idée, monsieur l’Ingénieur-en-chef, d’avoir contourné cette

merveille !

- Mais, madame, dans les chemins de fer, nous sommes des amis

de la nature…

En entendant cela, je fus si suffoqué que le verre d’eau que

j’apportais à la dame tomba avec fracas sur le plancher du

wagon. Mon travail dans les chemins de fer se termina ce jour là.

 

Voilà donc l’histoire de notre baobab. Maintenant, vous le voyez,

le train passe matin et soir auprès de notre village, mais les

anciens continuent à se réunir sous le grand baobab. Je dois

d’ailleurs m’y rendre, c’est l’heure de la palabre.

Mamadou s’est tû maintenant. Mais si vous tendez bien l’oreille,

quand le vent souffle du sud vous entendrez peut-être la chanson

de Diobogolo :

Le bonheur est à l’ombre du baobab

Et notre planète est bien belle

Alors, petits d’hommes, n’hésitez pas

A prendre chaque jour bien soin d’elle.

 

J'en ai un dans le salon un nain il fait 1,83m , et peut aller jusque 2,50m heureusement les plafond sont hauts! Cea me rappelle mon Senegal ou je n'irai plus.

Tiré "des contes de la brousse" par des conteurs différents.

MOOI2003

Camille

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Published by Camille - dans Contes pour tous
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commentaires

danièle chaneac 05/03/2012 22:02


Très belle histoire et joliement racontée. Le baobab a triomphé de la folie des hommes. Peut-être parcequ'il avait cru, lui aussi, en sa puissance et son invincibilité, et qu'il a été
confronté à sa vanité avant de pratiquer l'humilité. Il reste à remettre les idées de l'homme en place, c'est à dire les ramener sur terre. Bonne continuation  

Camille 06/03/2012 15:13



OUI MAIS L HOMME VUT MONTRR SA PUISSANCE. IL FAUT LAISSER AUX PEUPES LEURS CROYANCES SURTOUT CELLE LA ELLE N EST PAS MECHANTE. AU SENEGAL IL M EST ARRIVE DE ME METTRE CONTRE L ECORCE D U
BAOBAB POUR Y PU8IER DELA FORCE QUAND UNE JOURNEE AVAIT ETE PLUS FATIGUANTE



flipperine 05/03/2012 10:59


un bel arbre et une jolie histoire comme quoi il faut se battre pour obtenir ce que l'on veut

Camille 05/03/2012 12:26



C EST COMME POUR TOUT DANS LA VIE!



LADY MARIANNE 04/03/2012 13:20


BONJOUR CAMILLE
UNE BELLE HISTOIRE ET UNE BELLE MORALE !
COMBIEN D ARBRES ABATTUS POUR DES TRAVAUX !!
DOMMAGE -
POUR LE SENEGAL IL Y A RENEE QUI Y HABITE -SON BLOG ERRANCE ICI ET AILLEURS
GROS BISOUS ! 

Camille 05/03/2012 12:23



MERCI DE L INFO GISOUS A TOI



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